Phishing en Belgique : environ 200 clients d’Argenta disent avoir perdu 4,5 millions d’euros
Près de 200 clients de la banque belge Argenta affirment avoir perdu ensemble environ 4,5 millions d’euros après différentes fraudes de type phishing. Le groupe demande désormais aux autorités d’examiner la manière dont leurs demandes de remboursement ont été traitées. La banque conteste les accusations et rappelle que chaque dossier doit être analysé individuellement.
Les arnaques bancaires sont devenues beaucoup plus sophistiquées ces dernières années.
Faux SMS, appels imitant un conseiller bancaire, sites internet presque identiques à ceux d’une banque ou messages demandant de « sécuriser » un compte : les techniques utilisées peuvent parfois être difficiles à reconnaître.
Une affaire récente impliquant des clients d’Argenta remet aujourd’hui la question des remboursements au centre de l’attention.
Le groupe s’est réuni à Bruxelles
Les clients concernés ont mené une action à Bruxelles devant les bureaux du SPF Économie.
Ils sont accompagnés par la plateforme juridique Boomerang.
Leur objectif n’est pas de demander directement au SPF Économie de leur rembourser les sommes perdues.
Ils demandent plutôt aux autorités de vérifier si les informations et procédures utilisées dans le traitement des dossiers respectent correctement la législation belge de protection des consommateurs.
Plus de la moitié des dossiers concerneraient des clients plus âgés
Selon les informations communiquées autour du dossier, plus de la moitié des quelque 200 cas concernent des personnes âgées.
Les fraudeurs exploitent souvent la confiance, l’urgence et la confusion créée par des outils numériques que certaines personnes utilisent moins fréquemment.
Mais les victimes de phishing ne sont pas uniquement des personnes âgées.
Les faux sites et faux appels deviennent suffisamment réalistes pour tromper des utilisateurs expérimentés.
Comment fonctionne généralement une fraude de type phishing ?
Le scénario peut commencer par un simple SMS ou un e-mail.
Le message affirme parfois que la carte bancaire doit être renouvelée, qu’une transaction suspecte a été détectée ou qu’un problème urgent doit être résolu.
Un lien mène ensuite vers un faux site ressemblant fortement à la véritable page de connexion de la banque.
La victime peut alors être invitée à fournir des informations personnelles, des données de carte ou des codes générés par un système d’authentification.
Les appels téléphoniques peuvent compléter le piège
Dans certaines variantes, les fraudeurs appellent ensuite leur victime.
Ils se présentent comme un employé de la banque et affirment vouloir bloquer une opération suspecte.
En réalité, les codes demandés peuvent servir à connecter un nouvel appareil ou à valider un transfert d’argent.
Argenta conteste la manière dont les accusations sont présentées
De son côté, Argenta rejette l’idée selon laquelle les clients seraient systématiquement mal informés.
La banque souligne que chaque fraude possède ses propres circonstances et que les dossiers doivent être analysés individuellement.
Elle conteste également l’interprétation selon laquelle un remboursement devrait toujours être accordé automatiquement avant la fin de toute analyse.
Argenta affirme par ailleurs qu’une décision récente du tribunal de l’entreprise d’Anvers lui a donné raison dans un dossier lié à cette question.
Que dit réellement la loi belge sur le remboursement ?
Lorsqu’une opération de paiement n’a pas été autorisée par le client, la législation belge prévoit une protection importante pour le consommateur.
Pour une opération frauduleuse effectuée avant le signalement de la fraude, la règle générale prévoit que le consommateur supporte au maximum une partie limitée de la perte et que la banque rembourse le reste.
Dans certaines situations, notamment lorsqu’il était raisonnablement impossible de détecter la fraude, le remboursement peut devoir être intégral.
La « négligence grave » est un élément central
Une banque peut toutefois refuser un remboursement si elle démontre que le client a commis une négligence grave.
Cela peut par exemple concerner le fait de laisser ses codes accessibles, de noter un code PIN avec sa carte ou de ne pas réagir rapidement après avoir clairement constaté une fraude.
Mais le SPF Économie précise que c’est à la banque d’apporter la preuve de cette négligence grave.
Le simple fait qu’un fraudeur ait utilisé le bon code ou les bonnes données de sécurité ne suffit pas automatiquement à prouver que le client a été gravement négligent.
Le phishing très réaliste bénéficie d’une protection particulière
La législation tient également compte du fait que certaines fraudes peuvent être presque impossibles à détecter.
Si le consommateur ne pouvait raisonnablement pas comprendre qu’il faisait face à une arnaque, la banque ne peut pas simplement invoquer la négligence grave.
En revanche, si les circonstances montrent que la victime savait ou aurait raisonnablement dû comprendre qu’il s’agissait d’une fraude, la situation peut être différente.
En cas de conflit persistant, un juge peut finalement devoir examiner les circonstances du dossier.
Que faire immédiatement si de l’argent disparaît ?
Le SPF Économie recommande de réagir sans attendre.
Plus le signalement est rapide, plus il est possible de limiter les nouvelles opérations et de préserver ses droits.
Argenta recommande aussi de vérifier les appareils connectés
Sur son propre site, Argenta conseille aux victimes de vérifier si un nouvel appareil inconnu a été associé à leur banque en ligne.
La banque recommande également de vérifier les nouveaux ordres permanents et les virements programmés.
Toute opération suspecte doit être signalée immédiatement.
Un désaccord avec la banque peut être contesté
Si une demande de remboursement est refusée, le consommateur peut d’abord contacter le service interne de médiation ou de plainte de sa banque.
Il est conseillé de présenter les faits dans l’ordre, avec les extraits de compte, captures d’écran, messages reçus et le numéro du procès-verbal.
Si aucune solution n’est trouvée, il est également possible de contacter Ombudsfin, le service de médiation des services financiers.
Celui-ci peut examiner gratuitement les litiges entre consommateurs et établissements financiers.
La fraude bancaire devient un problème de confiance
Au-delà des montants perdus, ces dossiers montrent à quel point les techniques utilisées par les fraudeurs ont évolué.
Une personne peut aujourd’hui recevoir un message parfaitement rédigé, voir le logo correct et être ensuite appelée par quelqu’un qui connaît déjà certaines informations personnelles.
C’est précisément cette apparence de normalité qui rend certaines attaques si difficiles à détecter.
L’affaire Argenta illustre donc un problème qui dépasse largement une seule banque. Les fraudes deviennent plus crédibles, les montants perdus peuvent être considérables et les règles de remboursement restent parfois mal comprises. Pour les consommateurs, le réflexe essentiel reste le même : ne jamais communiquer ses codes bancaires, éviter les liens reçus par SMS ou e-mail et contacter immédiatement sa banque au moindre doute.